Philosophie de commandement

En guise de point de départ, nous devons tous embrasser la notion selon laquelle, ultimement, tout ce que nous faisons a I'Armée vise à produire des forces de combat dont le rôle fondamental est de combattre et de gagner. Tout découle de cette réalité. Dans cette optique, l'essence de ma philosophie de commandement se trouve dans les 13 grands domaines d'intérêt suivants. La mise en application de chacun pourrait varier quelque peu, s'il s'agit du personnel militaire ou civil, mais je m'attends à ce que tous les membres de I'Armée les prennent au sérieux.

Je suis impatient de relever les défis du soldat avec vous. Ensemble, nous serons les intendants de la réussite de I'Armée. Je recommande fortement à tous les commandants de partager ce document à tous vos soldats.

1. Le leadership


Diriger nos militaires constitue un privilège. Je m'attends d'abord et avant tout à ce que les leaders de tous les niveaux connaissent leurs équipes et en prennent soin. Ils doivent comprendre et gérer le rythme, servir d'exemple, reconnaître publiquement le rendement et le service et, lorsque nécessaire, tenir nos gens responsables lorsqu'ils commettent des faux pas. Les leaders observent et sont observés. Ils saisissent l'initiative et créent des occasions. Ils ont une conscience de soi et ils sont conscients de l'incidence de leur personnalité, de leurs actions et de leurs décisions sur les autres. Ils créent un climat de commandement basé sur le respect, la confiance et les débats sains et ils formulent des commentaires francs, mais avec tact, que ce soit en amont ou en aval de la chaîne de commandement. Ils affichent une attitude positive et ils évitent de cultiver un cynisme qui mine le moral. Ils prennent les décisions difficiles et sont loyaux envers ceux qui font partie des autorités supérieures. Dans la mesure du possible, ils s'efforcent d'offrir une certaine prévisibilité et une certitude à tous leurs subordonnés - en d'autres mots, ils créent la simplicité et de la clarte dans le chaos. Ils acceptent leurs erreurs faites de bonne foi et les transforment en occasions d'apprentissage. Ils rattachent les besoins de leurs subordonnés et de leurs families aux ressources disponibles en ne favorisant pas une culture des droits. Ce sont des hommes et des femmes humbles qui sont reconnaissants de la chance qu'ils ont de diriger d'autres personnes et qui n'ont pas le sentiment que toutes les promotions et tousles postes leur sont dus. Dotés d'un caractère solide, ils agissent en temps opportun pour faire ce qu'il a de mieux.

2. L'engagement et le but


Nous servons notre nation. Pour bon nombre de personnes, il s'agit d'une vocation, pour d'autres, un moyen de parvenir à une fin. Quoi qu'il en soit, le concept de « service » est inhérent à notre rôle. Tout ce que nous faisons dans l'Armée doit être investi envers la réussite de notre mission. Qu'un militaire accomplisse un service à temps plein ou à temps partiel, personne ne s'enrichit grâce à cette profession - elle à un but transcendant - celui de servir. C'est la raison pour laquelle elle exige de la passion et de l'enthousiasme et nécessité des sacrifices et le service avant soi. En même temps, il faut avoir la vocation et avoir du plaisir à exercer le service général dans I'Armée.

3. Le commandement de mission

 

Je crois fermement au commandement de mission – c’est-à-dire formuler l’intention (le « pourquoi ») et ensuite habiliter et former les subordonnés afin qu’ils puissent passer à l’action. Or, dans de nombreux cas, la politique centralisée et l’environnement des ressources dans lequel nous menons nos activités freinent le sens traditionnel de cette philosophie. Ceci étant dit, nous utiliserons le commandement de mission non seulement pour exécuter ces politiques, mais également pour les façonner et les développer. La portée et la complexité de ces enjeux auxquels nous sommes confrontés signifient qu’une personne à elle seule ne détient pas toutes les réponses et nous devons tirer parti de la sagesse – qui se trouve souvent au niveau de la base. Qui est plus, une seule personne ne peut pas porter sur ses épaules le fardeau de toutes les décisions, le pouvoir doit donc être réparti et le commandement exercé collectivement.

4. L' agilite


Je définis l’agilité comme la capacité de s’adapter rapidement aux circonstances changeantes. Le rythme des changements technologies, la capacité de nos ennemis à apprendre rapidement et la mondialisation de l’information contribuent tous à l’incertitude et à la volatilité de notre environnement opérationnel. Nous devons être prompts à nous adapter ou être prêts à faire face à la défaite. L’agilité est basée sur un état d’esprit, un état qui doit être inculqué tout au long de l’instruction, à tous les niveaux de grade. Nous ne pouvons pas nous restreindre à un plan, à une seule façon de faire les choses, ni à des structures existantes. Il est fondamentalement difficile de remettre en doute le statu quo et nous devons encourager et permettre l’innovation à chaque occasion qui se présente. Une partie de l’agilité passe par l’initiative – prendre conscience du changement de la situation, déterminer ce qui doit être fait et le faire.

5. Le travail d'eguipe, le respect et la <lignite


L’Armée est un groupe diversifié formé de membres de la Force régulière, de la Réserve et de civils qui reflètent la composition du Canada. Tous constituent un élément essentiel de notre mission et, ensemble, nous formons « Une Armée ». J’estime que la diversité est un multiplicateur de forces qui nous permet de mieux gérer les enjeux complexes et c’est pourquoi elle doit être cultivée et protégée. Je n’ai pas de temps à consacrer aux membres de l’Armée qui ne traitent pas les autres avec dignité, qui nuisent au maintien d’un environnement inclusif, qui ne font pas la promotion d’un milieu de travail exempt de harcèlement ou qui dégagent une toxicité. Soyez accueillant envers les autres, prenez soin d’eux et prenez soin l’un de l’autre. Prenez des mesures lorsque vous êtes témoin de comportements inappropriés – si vous ne le faites pas, vous êtes tout aussi fautif. Nous serons également des joueurs d’équipe solides et tous les intervenants externes le seront aussi. Si vous avez des divergences d’opinions, tentez de voir les choses du point de vue de l’autre et d’assumer des intentions positives. Le quartier général supérieur n’est pas l’ennemi – nous faisons face à suffisamment de vrais ennemis qui tentent de nous faire du mal. 

6. La discipline et la conduite


Nos militaires en uniforme, qui font partie de la seule institution qui a pour mandat de mettre en application une force létale collective au nom de la nation, sont tenus de respecter des normes plus élevées que la population générale. Cela doit se refléter dans toutes nos activités, en service et hors service, et même en ligne. Tous les militaires, y compris les civils, sont toujours vus comme des représentants de l’institution. Nous devons tous refléter et défendre les valeurs de l’institution, tant en paroles qu’en gestes. L’autodiscipline est essentielle – c’est ce qui fait qu’une personne prendra la bonne décision même en l’absence de supervision. En outre, je m’attends à ce que les leaders de tous les niveaux soient vigilants et qu’ils imposent rigoureusement des normes morales – dans des sous-cultures divergentes qui comblent des vides de leadership, des valeurs indésirables feront certainement surface.

7. La retention du talent


La gestion et la rétention du talent, surtout de nos leaders intermédiaires, méritent une mention spéciale. La santé à long terme et le professionnalisme de notre Armée sont fondés sur l’établissement de conditions pour le maintien et l’emploi de nos militaires aux endroits qui répondent le mieux à leurs besoins. En collaboration avec le COMPERSMIL, nous devons faire la transition d’un système de gestion des carrières de l’ère industrielle vers un système beaucoup plus personnalisé. Il n’est pas nécessaire d’avoir un cheminement traditionnel unique pour tous. Nous devons nous efforcer d’avoir une communication prévisible et transparente. Les leaders de tous les niveaux doivent s’investir personnellement dans le maintien en poste. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du talent.

8. Les elements fondamentaux


En dépit de nos meilleurs efforts, nous ne réussirons pas à être tout à fait prêts pour le prochain conflit – mais nous devons l’être suffisamment. Cela exige un solide ancrage dans les principes fondamentaux de notre profession. Bon nombre de ces derniers sont anciens – tous les militaires en uniforme doivent pouvoir tirer, se déplacer, communiquer, être en bonne forme physique et être résilients sur le plan mental. Les récentes opérations ont fait ressortir de nouveaux principes fondamentaux qui doivent désormais faire partie de notre ligne de base, notamment la lutte contre les IED, le soin des blessés au combat et l’engagement de la population. Après avoir maîtrisé les compétences de base de soldat, tous doivent maîtriser les compétences de base de leur groupe professionnel. Il s’agit d’un signe d’un véritable professionnalisme et cela exige un effort délibéré et du temps.

9. La communication

Interne

Communiquez tôt et souvent en amont et en aval de la chaîne de commandement. Informez fréquemment les subordonnés en utilisant des moyens multiples, mais principalement la communication en personne. Rappelez-vous du vieil adage lorsque vous recevez de l’information : « que dois-je en faire et qui d’autre dois-je mettre au courant de la situation ». Lorsque vous devez faire un signalement, n’oubliez pas que les mauvaises nouvelles ne s’améliorent pas avec le temps et qu’une communication excessive est une bonne chose. Je m’attends à ce que vous compreniez tous les BECI et que vous fassiez les signalements appropriés lorsque des incidents surviennent. Le principe fondamental s’appuie sur un environnement « sans surprise ».

Externe

Nous serons proactifs et souples dans l’espace public. Nous nous approprierons le narratif, nous serons les premiers à véhiculer la vérité, à déboulonner les mythes et les mensonges toxiques et, selon le niveau permis par la loi et l’OPSEC, nous serons transparents. Les vides d’information seront comblés par des spéculations et des mensonges. Dans l’ensemble de l’Armée, nous interagirons activement avec les médias et nous augmenterons notre engagement avec les médias sociaux.

10. L' intendance


Nous faisons face à des pressions considérables au niveau des ressources – mais cela a toujours été la norme dans toute l’histoire de notre Armée. Voyons-le comme une fonction de contrainte afin de trouver des moyens novateurs de veiller à notre disponibilité opérationnelle. Nous devons discipliner rigoureusement notre intendance des ressources, prendre soin de notre équipement et créer un sentiment général d’appartenance. Les commandants de tous les niveaux seront personnellement investis dans la planification des activités et les processus liés au contrôleur et s’efforceront d’obtenir le meilleur rendement possible.

11. La protection de la force


La vie de soldat présente des risques inhérents. Ceci étant dit, aucune de nos fonctions ne justifie la prise de risques inutiles pour la protection de la force. J’enjoins tous les membres de l’Armée à intervenir s’ils sont témoins d’activités non sécuritaires – le bon sens doit prévaloir. Soyez vigilants et curieux. Si quelque chose semble anormal – posez des questions et intervenez. Pour terminer, souvenez-vous de la SECOP et de la cybersécurité – nos ennemis connaissent plusieurs façons de recueillir des données de renseignement.

12. Le perfectionnernent professionnel


L’histoire a démontré que les activités les plus importantes de l’Armée sont le perfectionnement des leaders subalternes. Je m’attends à ce que tous les commandants exécutent les programmes de perfectionnement des leaders, ce qui comprend la lecture, l’écriture et la publication afin de contribuer à notre bagage de connaissances professionnelles. En tant que commandants, les leaders subordonnés que nous formons seront notre seul héritage durable et significatif et c’est eux qui nous conduiront à la réussite de notre prochain combat. Ce principe de perfectionnement professionnel s’applique à tout le monde – s’efforcer de s’améliorer chaque jour en tant que personne et en tant que professionnel. Une journée dans l’Armée sans apprendre quelque chose est une journée perdue. 

13. L'etat de sante general et Jes vies eguilibrees.


Un bon état de santé dans tous les domaines améliore grandement non seulement la qualité de vie, mais également le rendement individuel et collectif et représente un contributeur clé à la disponibilité opérationnelle. Nous devons nous efforcer d’améliorer les performances physiques et les capacités cognitives et établir les conditions d’un mode de vie sain et équilibré, qui seront grandement améliorées par de nombreux efforts :

  1. Un bon état de santé dans tous les domaines améliore grandement non seulement la qualité de vie, mais également le rendement individuel et collectif et représente un contributeur clé à la disponibilité opérationnelle. Nous devons nous efforcer d’améliorer les performances physiques et les capacités cognitives et établir les conditions d’un mode de vie sain et équilibré, qui seront grandement améliorées par de nombreux efforts :
  2. Nous mettrons en œuvre de façon dynamique Mission : Prêts comme l’un des principaux catalyseurs de l’état de santé général de l’Armée. Nous conserverons les nombreuses initiatives liées à la santé et au mieux-être global des FAC, notamment la stratégie de performance physique qui a récemment été publiée, Équilibre. Je demeure convaincu que la puissante combinaison d’activités physiques quotidiennes, d’une saine nutrition, d’une bonne hygiène de sommeil et de prévention des blessures portera ses fruits dans tous les aspects de la vie professionnelle et personnelle. 
  3. La quantité de travail à accomplir dépasse nos capacités. Je m’attends à un établissement systématique des priorités des tâches et à une communication claire sur ce qui ne sera pas fait. En raison de notre culture, nous tentons de tout faire et nous abandonnons certaines tâches par défaut et non suite à une décision délibérée. 
  4. Je m’attends à ce que tous maintiennent un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie familiale. Prenez vos congés – tous – aux fins prévues. Dans le monde branché dans lequel nous vivons, évitez d’empiéter sur le temps personnel des autres en envoyant des courriels qui ne sont pas urgents sur le plan opérationnel après les heures de travail ou la fin de semaine.
  5. Enfin, l’équilibre social est essentiel. Créez des occasions pour sortir, discuter, socialiser et bâtir des réseaux de soutien avec les autres et savourez ces occasions. La vie dans l’Armée va au-delà du travail.

En terminant, je suis impatient de relever les défis du soldat avec vous. Ensemble, nous serons les intendants de la réussite de l’Armée. Je recommande fortement à tous les commandants de partager ce document à tous vos soldats.

Lieutenant-général W.D Eyre
Commandant de l'Armée canadienne

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