Du congé de maternité au combat – une mère de l’Armée canadienne fait l’apprentissage de la résilience

Article / Le 14 mai 2018 / Numéro de projet : 18-0165

par Michelle Savage, Affaires publiques de l’Armée

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Gagetown (Nouveau-Brunswick) — Le sergent Marie-Ève Martin parvient à trouver le bon équilibre entre son rôle d’artilleuse dans l’Armée canadienne et celui de mère, malgré quelques pincements au cœur à l’occasion.

Partir en mission est difficile pour n’importe quel membre des Forces armées canadiennes (FAC); toutefois, les militaires qui sont aussi parents sont parfois confrontés à des épreuves particulièrement difficiles : rater certains jalons de la vie de leur enfant. Être absent lors d’un anniversaire, d’un spectacle de danse ou d’un match de soccer ne sont que quelques-uns des sacrifices que les militaires sont tenus de faire régulièrement afin de servir leur pays.

Le Sgt Martin comprend la douleur liée au fait de devoir être loin de son enfant, mais elle comprend aussi que cela fait partie de la vie militaire.

Fille de deux militaires, sa propre expérience l’a aidée à se préparer à élever un enfant en tant que membre des FAC. Elle comprend les défis liés aux déménagements fréquents et aux absences en raison d’une mission.

Le Sgt Martin, qui s’est enrôlé à l’âge de 17 ans à titre de soldat d’artillerie de campagne, occupe actuellement les fonctions de sergent de service régimentaire à l’École du Régiment royal de l’Artillerie canadienne, à Gagetown, au Nouveau-Brunswick.

Les soldats de l’artillerie, comme le Sgt Martin, font partie des Armes de combat. Ce groupe comprend également les soldats de l’infanterie, des blindés et les sapeurs de combat. Les responsabilités des soldats d’artillerie portent notamment sur la surveillance, l’acquisition d’objectif et le tir indirect pour engager l’ennemi.

Au cours de sa carrière de 19 ans dans l’Armée canadienne, le Sgt Martin a participé à plusieurs missions, ce qui, de son propre aveu, est devenu plus difficile après la naissance de son fils Alex, il y a douze ans.

Elle affirme que la maternité lui a permis d’acquérir une plus vaste perspective sur la vie, ce qui la motive à contribuer à faire du monde un meilleur endroit où vivre.

Q et R avec le Sgt Martin

Que fait habituellement votre famille pour la fête des Mères?

La fête des Mères arrive habituellement durant la saison de hockey printanière, ce qui signifie la plupart du temps que nous sommes à l’hôtel loin de la maison. Mais Alex « m’invite » toujours à dîner. Il me donne le droit de choisir l’endroit où nous allons.

Est-il difficile d’être mère et de faire partie de l’Armée?

Durant la période où vous êtes enceinte et en congé de maternité, c’est comme si votre carrière s’arrêtait. Nous avons la chance d’avoir de bons congés de maternité, mais lorsque vous revenez au travail, vous ignorez tout ce qui passé durant votre absence. Vous devez vous y remettre.

Participer à une mission quand on est mère est une expérience très différente. J’ai trouvé cela beaucoup plus difficile et ça ne s’est pas amélioré à mesure que mon fils grandissait. Demander à quelqu’un d’autre de s’occuper de votre enfant lorsque vous n’êtes pas là est très dur. Ne pouvoir être présente quand il est malade ou lorsqu’il vit quelque chose de positif vous brise le cœur.

Vous venez d’une famille de militaires. Parlez-nous de vos parents.

Ma mère, le sergent (à la retraite) Carmen Audy, a été commis de soutien à la gestion des ressources pendant 37 ans. Elle s’est enrôlée dans la Force régulière de l’Armée, a été mutée dans la Réserve de la Marine et a terminé sa carrière dans la Réserve de l’Armée, avec le grade de sergent. Mon père, l’adjudant (à la retraite) Guy Martin, était également membre de l’Armée, comme soldat d’artillerie dans la Force régulière, puis comme technicien de véhicule dans la Réserve. Il a servi durant 30 ans.

Quel a été le parcours qui vous a amenée à vous enrôler dans l’Armée?

Très jeune, je savais que je voulais m’enrôler dans l’Armée et je savais que je voulais être dans les armes de combat.

Je me suis inscrite dans les cadets de l’Armée à 11 ans et j’y suis restée jusqu’à l’âge de 17 ans. J’ai participé à un camp d’été et à des exercices avec le 2e Bataillon, Royal 22e Régiment. Ces expériences ont confirmé qu’il s’agissait exactement de ce que je voulais faire.

À mon 17e anniversaire, je me suis enrôlée dans les Forces. Ma mère m’a imposé une seule et unique condition avant de signer mon inscription : je ne pouvais partir pour la Qualification militaire de base (QMB) avant d’avoir obtenu mon diplôme d’études secondaires. Je l’ai obtenu en juin 1999 et, le 25 juillet suivant, alors que j’étais encore âgée de 17 ans, j’ai commencé le cours de QMB à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec.

Racontez-nous quelques-unes de vos expériences vécues en mission.

Ma première mission a eu lieu en Bosnie, en 2002. À ce moment, je n’avais pas d’enfant, j’ai donc quitté le Canada sans aucune inquiétude.

En 2009, après la naissance de mon fil, je suis partie pour l’Afghanistan. Je savais que cela faisait partie de la vie militaire, mais, pour être honnête, c’est pour vivre ce genre d’aventure à l’étranger que je me suis enrôlée dans l’Armée canadienne. J’étais donc déchirée entre deux émotions. Je suis convaincue que tous les parents qui partent en mission ou qui quittent la maison pour aller suivre un cours comprennent parfaitement ce dont je parle. J’étais très contente d’aller à l’étranger, de finalement avoir l’occasion de faire ce pour quoi je m’étais enrôlée et entraîné, mais en même temps, je ressentais de la culpabilité parce que je quittais mon fils.

Je n’étais pas inquiète, car il était entre de très bonnes mains avec son père, mais ce sentiment de culpabilité vous noue l’estomac et ne vous quitte plus de toute la mission. Il m’a aussi permis de prendre conscience de la chance que j’avais qu’il fasse partie de ma vie et qu’il était la raison pour laquelle je faisais ce métier. J’étais profondément convaincue que nous faisions cela pour une bonne cause et que nous faisions du monde un meilleur endroit où vivre pour nos enfants.

J’ai passé beaucoup de temps sur le terrain ici, à Gagetown, mais la chaîne de commandement s’est toujours montrée très conciliante à mon égard. Si je participe à un exercice sur le terrain et que je dois m'absenter parce que mon fils est malade ou que son père n’est pas en mesure de le prendre, les gens de la chaîne de commandement font preuve de beaucoup de compréhension. Son père et moi avons maintenu une très bonne relation et j’ai beaucoup de chance de toujours pouvoir compter sur son soutien, ainsi que sur celui de mes parents.

J’ai participé à un échange avec la Force de défense de la Nouvelle-Zélande en 2015, j’ai donc passé un mois là-bas. J’ai trouvé difficile de rater le premier jour d’école et le début de la saison de hockey, mais, comme je l’ai dit plus tôt, cela fait partie du métier!

En termes de croissance personnelle et d’aptitudes en leadership, croyez-vous que la vie militaire a eu un effet bénéfique sur votre fils?

Oui, je le crois. Je crois que les affectations et le fait de vivre dans une province différente du reste de notre famille a fait de lui une personne très résiliente. Lorsqu’il se fait un nouvel ami, il ne présume plus que celui-ci restera dans la même ville que lui pour toujours. Il a également appris à un très jeune âge que même si les gens vivent très loin de nous, nous pouvons demeurer proches les uns des autres.

Aimeriez-vous ajouter quelque chose sur le fait d’être mère et de faire partie de l’Armée?

Je crois que nous sommes privilégiés d’avoir un aussi bon régime de congé de maternité. Lorsque je suis née, ma mère n’a pu s’absenter plus de trois mois.

Je crois sincèrement que le fait de devenir mère a changé mon point de vue sur la vie. Je ne la vois plus de la même façon. Devenir parents nous rend plus humains et plus résilients. En tant que militaires, nous sommes formés à donner priorité à la mission; ainsi, lorsque nous avons des enfants, nous sommes déjà habitués à mettre nos intérêts au second plan.

Je pense que cette vie permet à nos enfants de grandir plus rapidement et de devenir plus forts, car ils apprennent très jeunes à s’adapter rapidement.

Depuis 1908, la fête des Mères est l’occasion de célébrer la figure maternelle de la famille, ainsi que la maternité, les liens maternels et l’influence des mères sur notre société. Dans plusieurs pays on réserve une journée pour célébrer les mères. Au Canada, cette journée est le deuxième dimanche de mai.

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