Elle a écouté sa mère et passé 20 ans dans l’Armée canadienne et 17 ans comme employée civile de la Défense

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Article / Le 21 mars 2018 / Numéro de projet : 18-0071

Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée avec le Caporal (à la retraite) Hyacinth Telfer, bureau du Directeur, Services à la clientèle des ressources humaines civiles (nationales).

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Chaque année, la Journée internationale des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination raciale est célébrée le 21 mars. Le thème 2018 est « Promouvoir la tolérance, l'inclusion, l'unité et le respect de la diversité dans le contexte de la lutte contre les discriminations raciales ». À l'appui de cette observation, voici une histoire inspirante de la carrière d'une femme soldat canadienne-jamaïcaine dans l'Armée canadienne et en tant que civil au ministère de la Défense nationale.

Ottawa (Ontario) — Même le Caporal (à la retraite) Hyacinth Telfer doit admettre que sa mère avait raison après tout.

Sa mère, qui travaillait en administration dans la Marine royale canadienne, avait comme objectif inébranlable de voir sa fille aînée joindre les Forces armées canadiennes afin qu’elle serve son pays et qu’elle ait un bon emploi avec des avantages sociaux.

Toutefois, certains de ses amis avaient des attentes différentes et avaient parié qu’elle ne finirait même pas l’instruction élémentaire et qu’elle retournerait rapidement à la maison.

« Ils disaient que j’étais trop calme et soignée pour être dans l’armée. Je leur ai prouvé qu’ils avaient tort », raconte Telfer. Elle a démontré qu’elle était parfaitement capable de réussir et est même parvenue à conserver son sens de l’humour pendant les quarante années qui ont suivi.

Elle prendra sa retraite le 27 décembre 2018, quittant son poste actuel de spécialiste des ressources humaines dans l’Armée canadienne à Ottawa, en Ontario, après plus de 37 ans de travail pour le gouvernement du Canada, plus précisément le ministère de la Défense nationale.

Le Cpl (ret) Telfer affirme qu’elle a été victime de racisme pendant son temps dans l’armée et par la suite comme employée civile, notamment par des commentaires racistes et des blagues douteuses, mais qu’elle est parvenue à garder son sang-froid la plupart du temps. « Globalement, ce n’était rien de dramatique », dit-elle. « En réalité, je m’entendais bien avec presque tout le monde, donc je ne peux pas vraiment me plaindre. Bien sûr, il y a toujours quelques exceptions. »

Elle a écrit un court article sur le temps qu’elle a passé à servir le Canada, dans l’Armée et comme civile, pour le journal Spectrum Diversity d’Ottawa. Le slogan de ce journal, qui a été publié pendant 30 ans jusqu’en 2013, était « Making Canadians Visible » (Rendre les Canadiens visibles).

Voici ce qu’a raconté le Cpl (ret) Telfer en 2002 :

Alors que nous célébrons fièrement le Mois de l’histoire des Noirs, j’ai pensé que quelques mots encourageants à propos de mes accomplissements en tant que femme noire née en Jamaïque seraient appropriés.

Je suis arrivée au Canada il y a plus de 28 ans. J’ai étudié à la Gloucester High School à Ottawa, puis j’ai occupé plusieurs emplois comme infirmière auxiliaire, opératrice à la saisie des données et inventoriste, pour ne nommer que ceux-là.

Soudainement, ma mère a décidé que j’allais m’enrôler dans l’armée. Évidemment, je n’étais pas d’accord. Elle me criblait de reproches assez souvent.

« Que fais-tu de ta vie? », me demandait-elle. Et ainsi de suite.

Je me demandais sans cesse comment ma mère pouvait avoir eu cette idée absurde. Moi, dans l’armée? Il n’en est pas question!

Eh bien, elle a fini par me convaincre. Je suis allée au centre de recrutement, et après de nombreux tests d’aptitudes et médicaux, j’ai été retenue. Le 18 mars 1981, j’ai apposé ma signature sur la ligne pointillée à titre de militaire du rang (MR) pour servir mon pays, le Canada.

Je suis allée à l’École des recrues de Cornwallis, en Nouvelle-Écosse, suivre le cours d’instruction élémentaire de 14 semaines.

Le camp d’entraînement m’a vraiment ouvert les yeux. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, et une fois arrivée, je voulais seulement retourner à la maison. Être un soldat, ce n’était assurément pas pour moi.

Cependant, j’ai compris rapidement que je devais passer à travers. Ces quatorze semaines m’ont paru durer des années, mais j’ai terminé le cours avec succès, à ma grande surprise. Le jour de la remise des diplômes fut l’un des jours de ma vie dont je suis le plus fière. Je marchais au rythme de la Musique des Forces canadiennes, avec de grands pas. J’avais réussi.

Souvent, quand j’y repense, je n’arrive pas à croire que j’ai si bien réussi l’instruction élémentaire. Ma famille n’arrive pas à le croire non plus, d’ailleurs, sauf ma mère. Cela prouve que vous pouvez faire tout ce que vous décidez de faire.

Après vingt ans et cinq mois, j’ai été libérée honorablement des Forces canadiennes (Armée canadienne) en août 2001, mais j’appuie encore l’armée comme fonctionnaire.

En fin de compte, mon seul regret est de ne pas m’être enrôlée plus tôt.

Je tiens donc à encourager toutes les jeunes femmes noires, et tous les hommes, de notre communauté : Ne LAISSEZ PAS quelqu’un ou quelque chose vous influencer. Soyez forts et vigilants. Avec de la détermination, vous pouvez atteindre votre but. Et aussi, écoutez votre mère!

Continuons l’histoire en février 2018.

Le Cpl (ret) Telfer est née dans la paroisse Saint-Thomas à l’est de Kingston, en Jamaïque. Elle a immigré au Canada au début des années 70 avec sa grand-mère et ses deux frères et sœurs pour rejoindre leur mère, qui était arrivée au Canada au milieu des années 1960.

Après avoir terminé ses études secondaires à Ottawa, elle s’est inscrite au collège pour étudier en travail social, mais elle a rapidement décidé de déménager à Montréal. Elle travaillait dans une usine le jour et continuait ses études le soir, et elle avait de la difficulté à joindre les deux bouts.

« Ma mère était à Ottawa, mais je ressentais son influence », soupire-t-elle. « Je suis donc finalement allée au centre de recrutement local. »

L’instruction élémentaire à la Base des Forces canadiennes Cornwallis, en Nouvelle-Écosse, a failli mettre fin à cet objectif. « La première fois que j’ai couru un mille et demi, je suis arrivée avant-dernière », raconte-t-elle. « J’étais mince, mais je n’étais pas en forme. »  Elle a dû suivre un programme de remise en forme physique. « Je peux encore entendre le caporal-chef hurler [LÈVE ces jambes!] »

Complètement épuisée, elle pleurait au téléphone en disant à sa mère que c’était très difficile. À son grand désarroi, sa mère a écrit une lettre très sévère à ses instructeurs pour leur dire de se calmer un peu. « La lettre n’a pas été bien reçue », dit-elle. « On n’a jamais arrêté de m’en parler. »

Elle s’est améliorée, toutefois, et après 14 semaines, elle a couru un mille et demi en moins de 10 minutes, à sa grande surprise. « Je faisais presque partie des meilleurs. »

L’entraînement au fusil lui a valu une épaule endolorie et couverte de bleus pendant presque toute l’instruction élémentaire. Le fusil semi-automatique FNC1 était très lourd, surtout complètement chargé. Elle se rappelle qu’il avait un recul assez puissant.

De 1994 à 1997, elle a été affectée au Centre de recrutement des Forces canadiennes de Toronto, où elle faisait passer des tests aux recrues potentielles. Son poste l’a amenée à travailler dans une camionnette de recrutement mobile à divers endroits.

Elle a eu d’autres affectations, la dernière à l’Unité de soutien des Forces canadiennes (Ottawa), puis elle a pris sa retraite de l’Armée canadienne en août 2001. Elle a pris un emploi civil au sein du ministère de la Défense nationale à Ottawa dans le bureau du sous-ministre adjoint (Matériels) à titre de coordonnatrice de l’instruction à l’étranger.  Elle a ensuite joint les rangs du Quartier général de l’Armée canadienne en 2003 dans des postes supérieurs en ressources humaines et en administration, où elle restera jusqu’à sa retraite à la fin de 2018.

Une fois à la retraite, elle prendra un peu de temps pour se reposer, mais pas trop.  Elle continuera à danser, danser, et encore danser, un passe-temps qu’elle a toujours adoré, et elle affirme qu’elle a de nombreux livres à lire. Grande adepte de tennis et de basketball, elle compte voyager pour assister aux tournois de tennis de l’Association des joueurs de tennis professionnels, loin ou près d’Ottawa, et à des parties de la National Basketball Association. 

Elle trouve le jardinage très reposant et elle participe activement à sa chorale paroissiale.  Elle compte également suivre des cours de conception de robes et de couture, et passer du temps avec sa famille.

« Après 37 ans, c’est le temps de me détendre. »

 

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