Estafettes : des messagers rapides à motocyclettes essentiels durant la Première et la Deuxième guerre mondiale

Article / Le 5 juin 2019 / Numéro de projet : 19-0113

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par Jay Rankin, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa (Ontario) — Dans la galerie LeBreton du Musée canadien de la guerre, deux  motocyclettes racontent l’histoire d’un groupe professionnel bien particulier qui a joué un rôle important durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.

L’exposition du musée présente une moto de marque Harley-Davidson et une autre de marque Norton. Ces motocyclettes ont été largement utilisées par les estafettes du Canada. Les estafettes – appelées en anglais « dispatch riders » ou « despatch riders » selon l’orthographe britannique, nom que l’on abrégeait parfois par « DR » ou « Don R » – étaient des messagers militaires à motocyclettes à une époque qui prônait l’adoption de solutions qui n’exigent pas un grand savoir-faire technologique.

Il convient de souligner que c’est à une estafette canadienne qu’on a confié le transport des premiers films du débarquement du Jour J. C’est grâce à elle que ces films ont pu quitter les plages de la Normandie afin d’être expédiés en Grande-Bretagne.

Avant l’entrée en service des motocyclettes, les estafettes utilisaient des chevaux ou des bicyclettes. En Égypte, durant la Première Guerre mondiale, les coursiers militaires ont même fait appel à des chameaux pour le transport de leurs précieux messages.

Les responsabilités d’une estafette

Les estafettes, un métier exercé tant par des hommes que des femmes, avaient généralement pour rôle la livraison de cartes, d’ordres, de comptes rendus du renseignement et des mises à jour de situation qui ne pouvaient être envoyés par téléphone ou par radio pour des raisons de sécurité et de logistique.

Elles ouvraient souvent la voie vers de nouveaux lieux après avoir livré de nouveaux ordres. Parfois les estafettes livraient aussi de l’équipement, des pigeons voyageurs en cage ou des fournitures médicales.

C’était un métier dangereux qui exigeait de nombreuses compétences liées à l’utilisation de ce véhicule particulier : l’estafette devait notamment savoir conduire rapidement sur des terrains dangereux et réparer sa motocyclette sur le champ de bataille, sous la menace constante des tirs ennemis. Les estafettes faisaient aussi face à de nombreux autres dangers : l’ennemi installait des fils pièges en travers des routes sombres et des sentiers connus, au niveau du cou.

« Les estafettes étaient laissé à elles-mêmes et ne pouvaient compter que sur leur débrouillardise. Si elles étaient prises pour cibles ou si le feu ennemi leur coupait l’accès à une route, elles devaient alors passer à travers champs », explique Eric Fernberg, spécialiste de collection du Musée canadien de la guerre, section des armes et de la technologie.

« Ce sont les premiers conducteurs de véhicules hors-route », déclare-t-il.

Réagir rapidement sous le feu de l’ennemi en accélérant brutalement pour quitter la route constituait habituellement la meilleure défense pour une estafette, qui voyageait souvent seule, que ce soit le jour ou sous le couvert de la nuit, en étant fort peu armée.

La rivalité entre Norton et Harley

La Norton était la motocyclette préférée des militaires canadiens, même si aujourd’hui la marque Harley-Davidson est la plus connue. La Norton est une motocyclette britannique, ce qui en faisait le véhicule de prédilection des forces du Commonwealth, qu’elles préféraient à la moto Harley de fabrication américaine. La Norton avait également un plus grand dégagement par rapport au sol, ce qui constituait un avantage pour la conduite hors route. La motocyclette Harley-Davidson ne fonctionnaient pas aussi bien en conditions humides, « en particulier sur les routes de l’Europe; elles avaient tendance à glisser sur le revêtement des routes », précise M. Fernberg.

Les motocyclistes des autres groupes professionnels préféraient toutefois la Harley. C’était notamment le cas des policiers militaires de la Prévôté, qui passaient beaucoup de temps en patrouille sur les routes pavées. Cette moto était plus lourde que la Norton et était conçu pour circuler sur un revêtement d’asphalte bien entretenu. De plus, Norton ne suffisait pas à produire assez de motos pour tous les motocyclistes militaires.

« Nous avons finalement acheté des motos de marque Harley en raison de la grande demande », ajoute M. Fernberg. « Il y avait une très grande demande pour ces motos; pour toutes les sortes de motos en fait. Nous avons utilisé plus de 10 000 de ces véhicules. »

Au début, seuls ceux qui possédaient leur propre moto pouvaient devenir estafettes

De manière générale, la fonction d’estafette était un créneau particulier, un emploi bénévole qui, au début, exigeait de l’expérience préalable en conduite d’une motocyclette. Les militaires devaient également utiliser leur propre motocyclette dans le cadre de leur service.

Par la suite, à mesure que la demande pour des estafettes augmentait, les candidats n’étaient plus choisis parmi ceux qui possédaient déjà leur propre moto. Les nouveaux motocyclistes recevaient la formation essentielle en entretien et en conduite hors route, des conditions avec lesquelles les militaires devaient composer pour livrer des renseignements très secrets directement aux officiers désignés.

Les modèles exposés au musée sont la 16H, de Norton, et la WLC, de Harley-Davidson, deux modèles de motocyclettes abondamment utilisés durant la Deuxième Guerre mondiale. Ces deux fabricants de motocyclettes ont également produit d’autres modèles qui ont été utilisés lors de la Première Guerre mondiale, aux côtés de modèles d’autres fabricants, notamment Indian Motorcycles.

« Il s’agit d’un sujet qui bénéficie d’une belle image populaire, mais derrière cette image se cache aussi une histoire fascinante », conclut M. Fernberg.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la moto de Norton Triumph est devenue la moto principalement utilisée par les estafettes dans les missions de l’OTAN. Les estafettes ont progressivement disparues.

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