Le colonel Guy Bélisle, aumônier de l’Armée, explique ce que signifie « marcher tous les jours aux côtés des troupes »

Article / Le 14 juin 2018 / Numéro de projet : 18-0145

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Par le sous-lieutenant Natalia Flynn, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa (Ontario) — Le colonel Guy Bélisle, aumônier sortant du Commandement de l’Armée canadienne, a toujours manifesté un profond dévouement envers ses troupes dans son rôle d’officier d’infanterie. C’est ce dévouement qui l’a incité à entreprendre une carrière d’aumônier militaire.

Le Col Bélisle, qui travaillait au Quartier général de l’Armée à titre d’aumônier du commandement de l’Armée canadienne depuis 2015, est maintenant impatient d’occuper son nouveau poste de directeur des Services d’aumônerie des Forces armées canadiennes (FAC) à partir du 1er juillet 2018.

La carrière du Col Bélisle a débuté en 1986, avec le 1e Bataillon du Royal 22e Régiment, où il est resté durant 12 ans.

Au cours de cette période, il a fait partie de la première rotation de la mission en Bosnie Herzégovine. Au cours de ce déploiement, le Col Bélisle a obtenu la Médaille de la bravoure, mérité pour ses efforts d'assurer la sécurité des personnes qui étaient sous le feu des tireurs d'élite ennemis.

Plus tard, il a été membre du personnel de soutien de la Force régulière avec les Fusiliers de Sherbrooke ainsi que commandant du centre de recrutement des FAC à Sherbrooke, au Québec.

En 1998, il a répondu à un appel d’un autre genre et est allé étudier en théologie à l’Université Saint-Paul, à Ottawa. Entre 2004 et 2012, l’aumônier Bélisle a occupé le poste d’aumônier d’unité à la Base de soutien de la 2e Division du Canada Valcartier et à l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il a fait partie de la mission de secours à la suite du séisme à Haïti, en 2010, et il a appuyé les troupes en Afghanistan lors de la dernière mission de combat, de 2010 à 2011.

En 2012, l’aumônier Bélisle est devenu aumônier de formation pour les Forces maritimes de l’Atlantique avant d’accepter le poste d’aumônier du Commandement de l’Armée canadienne au Quartier général de l’Armée, en 2015.

Voici un petit compte rendu abrégé d’une conversation tenue récemment avec l’aumônier Bélisle.

Qu’est-ce qui vous a incité à choisir une carrière d’aumônier militaire?

C’est une démarche personnelle qui m’a inspiré à vouloir en faire plus pour les gens que je sers. Alors que j’étais officier d’infanterie, mes supérieurs soulignaient souvent les liens de confiance étroits que j’entretenais avec les membres de mon effectif. Mon premier réflexe était toujours de prendre soin des militaires sous mes ordres. Après avoir rencontré quelques aumôniers très dévoués, j’ai pris conscience que ma véritable vocation était de devenir l’aumônier. Mon objectif principal, à titre d’aumônier, est de m’assurer que tout va bien pour mes gens; je les soutiens, je marche à leur côté, je les accompagne, car je crois qu’un aumônier peut avoir un rôle à jouer dans le succès d’une mission, en faisant en sorte que nos militaires soient plus heureux et qu’ils aient la possibilité d’accroître leur résilience spirituelle.

À titre d’aumônier, quels sont les outils que vous pouvez offrir aux troupes pour améliorer leur résilience?

Nos aumôniers sont toujours proches des membres de leur unité; ils exercent un ministère de la présence très personnel, marchant quotidiennement aux côtés des troupes. Ils s’assurent de créer des liens de confiance entre l’aumônier et les militaires. Une fois ce lien de confiance bien établi, les militaires sont plus susceptibles, lorsqu’ils sont confrontés à un problème de nature personnelle, familiale ou de santé mentale, de se dire « j’ai besoin de parler à l’aumônier ».

Nous sommes donc là pour marcher avec les militaires et pour les écouter afin de savoir s’ils ont besoin de quelque chose. Bien sûr, il y a un aspect religieux à notre travail, adapté à votre confession, car nous célébrons des baptêmes et officions les funérailles. La plupart du temps, toutefois, nous sommes là pour orienter les militaires vers la ressource adaptée, pour nous assurer qu’ils ont accès au soutien approprié, par exemple un travailleur social ou un médecin. Les familles viennent souvent à la chapelle la fin de semaine, nous avons donc l’occasion d’échanger avec elles, de parler, de leur offrir du soutien. L’aumônier de l’unité accompagnera l’unité lors des missions, mais d’autres aumôniers restent au pays pour s’occuper des familles, si elles ont besoin d’aide.

Il y a assurément un aspect de notre travail qui est lié à la motivation. Lorsque vous partez pour une mission ou un exercice, votre famille reste habituellement derrière. Il y a des hauts et des bas dans la vie militaire; parfois, un militaire peut appeler un aumônier et lui dire « je ne me sens pas bien » ou « je me sens triste ». Nous sommes heureusement là pour leur répondre « d’accord, continue de faire ce que tu as à faire, c’est important ». La motivation est un élément très important et la relation entre les militaires et l’aumônier est également très importante. Cela est également vrai en ce qui concerne la relation entre la chaîne de commandement, à qui l’aumônier donne également des conseils. Il est vital de nous assurer de travailler ensemble pour le bien-être de nos militaires. Nous ne sommes donc pas seuls à jouer ce rôle de dispensateur de soutien spirituel.

Comment devient-on aumônier militaire?

Il y a deux cheminements possibles pour devenir aumônier. Première possibilité, vous devez être un pasteur civil. Pour le devenir, il vous faut d’abord obtenir un diplôme de baccalauréat et une maîtrise en théologie, puis nous exigeons une preuve que vous possédez deux ans d’expérience dans une paroisse civile. En fonction de votre confession religieuse – l’aumônier général estime que la diversité est un élément très important – le parcours ne sera pas le même, mais il existe des similarités. Ce que je viens de décrire est essentiellement la voie la plus fréquemment utilisée pour devenir aumônier.

Mon cas est différent, j’ai suivi le deuxième cheminement : j’étais officier d’infanterie et je ne possédais pas tous ces diplômes exigés; on m’a donc envoyé suivre un programme pendant six ans. J’ai obtenu mon diplôme de baccalauréat en trois ans, j’ai été inscrit à un programme de maîtrise d’un an et j’ai ensuite passé deux ans dans une paroisse civile. Après tout cela, je suis revenu au travail. Ce fut un long cheminement, mais ça en valait la peine.

Quels sont les principaux aspects de votre travail d’aumônier au Commandement de l’Armée?

J’étais aumônier d’unité, puis je suis devenu aumônier de brigade; durant cette période, j’ai donc été très près de nos militaires. J’étais sur le terrain avec eux en tout temps, durant les exercices et les missions. Ce fut une période formidable.

Après quelques années, les responsables de la direction de l’aumônerie m’ont dit que j’avais assez d’expérience pour qu’ils me confient de plus grandes responsabilités, que j’étais prêt à prendre soin des aumôniers. En quelque sorte, je suis devenu l’aumônier des aumôniers. Mon travail consiste désormais à m’assurer qu’ils reçoivent tout le soutien et qu’ils disposent de toutes les ressources dont ils ont besoin afin qu’ils soient en mesure d’exercer leur ministère sur le terrain. Ce que je fais ressemble encore beaucoup à ce que fait n’importe quel autre officier, c’est-à-dire que je m’assure de prendre soin de tous ceux qui sont sous mon commandement.

Décrivez quelques-uns des principaux défis que vous avez relevés dans votre carrière à titre d’aumônier?

Ce qui est le plus difficile, c’est la perte d’un militaire. Je suis allé en Afghanistan, je suis allé à Haïti après le tremblement de terre et nous avons perdu quelques-uns de nos collègues. Cela signifie que, durant cette période, nous devons accompagner la famille qui a perdu un être cher. Et c’est difficile.

Je sais qu’un aumônier doit être fort dans ses situations, mais nous sommes humains. C’est un travail très très difficile et il devient encore plus difficile lorsque vous connaissez personnellement le militaire décédé ou grièvement blessé. Nous sommes formés pour faire ce travail, mais en fin de compte, nous sommes humains; nous avons des sentiments et des émotions.

Comment avez-vous relevé ces défis? Qu’est-ce qui vous apporte du réconfort?

Mon objectif principal est de prendre soin de nos militaires. Lorsque vous apportez du soutien à un conjoint ou une conjointe après le décès d’un militaire, cela représente une période d’environ trois semaines – le processus de rapatriement, les funérailles, l’attention accordée à la famille par la suite – et lorsque votre attention est axée entièrement sur la personne dans le besoin, cela vous aide beaucoup. Et très souvent, par la suite, les gens vous diront « Merci de votre soutien, monsieur l’aumônier. Vous étiez toujours présent, à l’écoute, offrant votre soutien et votre aide ».

Cela m’a aidé à faire ce que j’avais à faire. Après coup, les gens réalisent que l’aumônier a été une personne importante au cours d’une période difficile de leur vie. Cela me nourrit et c’est à la fois un défi et un aspect gratifiant de mon travail.

Racontez-nous un souvenir précieux de votre carrière.

Les missions. Lorsque vous êtes sur le terrain avec les militaires, sous la pluie, dans la poussière, la boue et les tranchées. La plupart du temps que j’ai passé en Afghanistan, j’étais à l’extérieur du périmètre de sécurité parce que je tenais à être près des militaires en ces moments difficiles. Les militaires étaient heureux que nous soyons avec eux là-bas.

Même si nous ne portons pas d’arme, même si nous ne sommes pas censés combattre l’ennemi, nous étions là pour eux, pour nous assurer qu’ils allaient bien. Par exemple, lorsque les militaires revenaient d’une patrouille ou s’ils avaient essuyé des tirs ennemis, il était possible de sentir que quelque chose n’allait pas. On leur demandait alors « Hé!, est-ce que ça va? ». Ils répondaient parfois « Non, monsieur l’aumônier. J’ai besoin de parler ».

Vous consacrez alors à cette personne le temps dont elle a besoin. Si vous croyez qu’elle a encore besoin de discuter, vous pouvez la référer à un travailleur social ou à un médecin. Le militaire comprend alors qu’il y a quelqu’un pour prendre soin de lui 24 heures par jour, sept jours par semaine. C’est très important. Que ce soit en garnison ou dans le cadre d’une mission, les militaires peuvent appeler à deux heures du matin et un aumônier sera là, à leur disposition.

Parlez-nous de quelques-uns des projets en cours dans le groupe des Services d’aumônerie.

Le pèlerinage militaire à Lourdes, en France, est l’une des activités importantes pour nous cette année. Ce pèlerinage fait partie de l’instruction que nous suivons en matière de résilience spirituelle. On peut parler de résilience spirituelle en utilisant un exposé PowerPoint, mais comment l’aborder de l’intérieur? Vous forger le caractère, développer vos forces – vos forces intérieures – vous aide à aller plus loin dans votre cheminement spirituel.

Nous avons le plus grand respect pour le parcours spirituel de chacun. Que le militaire soit juif, musulman, chrétien ou non croyant, nous l’accueillons, marchons à ses côtés, nous l’écoutons et lui offrons du soutien. Sa confession religieuse ou l’absence de celle-ci n’a pas d’importance, nous sommes très ouverts à la diversité.

Avez-vous un conseil à donner à ceux qui sont en période d’introspection et qui réfléchissent à la possibilité de devenir aumônier?

Nous manquons de personnel, nous avons besoin de nouveaux aumôniers. Assurément, il doit s’agir d’un cheminement spirituel de la part du futur aumônier. Vous devez aimer les gens, aimer les militaires et être prêt à leur consacrer le temps dont ils ont besoin. Certaines personnes qui feront appel à vous ont besoin qu’on leur accorde beaucoup de temps, de longues heures d’écoute et de présence.

Vous devez être prêt à donner un peu plus, ressentir au fond de vous que vous voulez être là pour les gens.

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