« Les gens sont ce qui importe le plus », affirme le nouveau commandant de l’Armée

Article / Le 20 août 2019 / Numéro de projet : 19-0205

Remarque : pour visionner les photos additionnelles, veuillez cliquer sur la photo dans la galerie d'images.

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa (Ontario) — Le lieutenant-général Wayne Eyre venait tout juste de devenir commandant du Commandement du personnel militaire (et il revenait d’une mission en Corée du Sud) à l’été 2019 lorsqu’il a reçu l’appel faisant de lui le commandant de l’Armée canadienne. Comme il le dit dans l’entrevue qui suit, ce genre de changement soudain est un aspect régulier de la vie militaire.

Sa propre carrière n’a rien d’ordinaire – il a mené des troupes en Croatie lorsqu’une mission de maintien de la paix s’est brusquement transformée en mission de combat à la poche de Medak, en commandant la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan et en étant nommé comme premier commandant adjoint non-Américain du Commandement des Nations Unies (CNU) en Corée du Sud en 69 années d’histoire.

Pourtant, le lgén Eyre reste concentré sur les fondements : veiller à ce que chaque soldat soit bien entraîné, fort et capable de s’adapter à un monde en constant changement.

L’entrevue qui suit a été quelque peu modifiée à des fins de clarté et de concision.

Q1. Quelle a été votre réaction quand vous avez su que vous seriez le prochain commandant de l’Armée canadienne?

Ça a vraiment été une surprise parce que je venais d’assumer le rôle de commandant du Commandement du personnel militaire. Cela donne une idée de l’imprévisibilité inhérente au service militaire et aussi au besoin de souplesse – soit celle de s’adapter rapidement.

Comme je l’ai dit au chef d’état-major de la Défense (CEMD), c’est le service qui compte, et j’irai là où je peux assurer le meilleur service pour les Forces armées canadiennes. Le rôle de commandant du Commandement du personnel militaire et celui de commandant de l’Armée sont tous les deux d’une importance énorme. C’est un grand privilège d’être choisi et tout bien considéré, c’est ici que le CEMD croit que je peux le plus être utile.

Q2. Quelles sont quelques-unes de vos grandes priorités?

Notre plus grande priorité est d’être prêts au combat et de l’emporter, maintenant et à l’avenir. Nous sommes l’ultime police d’assurance du Canada, lorsque l’appel se fait entendre et qu’on a besoin de nous, nous devons réussir. Les gens sont l’aspect sous-jacent de l’état de préparation qui importe le plus. Il faut que nos gens soient bien entraînés, forts, résilients et que leur famille soit bien appuyée.

Dans l’environnement opérationnel, nous voyons bien des difficultés différentes qui vont du conflit potentiel entre de grandes puissances aux changements climatiques. La montée du populisme pose une menace pour les démocraties occidentales et certaines de nos alliances. Toute opération que nous pouvons mener ne se fera pas sur un champ de bataille stérile, elle aura lieu parmi les populations et nous devons absolument en être conscients.

Nous voyons des choses changer en ce qui concerne les opérations d’information. Qu’est-ce que ça signifie pour nous? Où sont nos pénuries, nos lacunes et nos excédents? En jetant un œil sur nos capacités et notre structure, nous devons être absolument saisis par cette réalité historique, soit qu’il nous faut de la profondeur, parce que la guerre est intrinsèquement inefficace, ce qui veut dire que nous devons construire pour produire des remplaçants et toujours avoir une réserve.

Q3. Selon vous, quels sont les domaines dans lesquels l’Armée réussit particulièrement et quels sont ceux qui auraient place à l’amélioration?

Sur le plan international, nous œuvrons toujours au sein d’une coalition. Et bien que nous apportions une petite contribution, elle est empreinte d’excellence opérationnelle et c’est là que l’Armée fait bien traditionnellement.

Sur le plan tactique, nos unités sont bien entraînées, bien dirigées et font preuve d’excellence opérationnelle sur le terrain. Lorsque nous plaçons du personnel dans les quartiers généraux supérieurs de coalition, ils offrent ce même degré d’excellence.

Sur le plan national, c’est notre capacité d’intervention – soit de réagir très rapidement lors d’urgences nationales. Il s’agit d’être la force de dernier recours apportant sur le terrain une masse suffisante pour vraiment faire une différence – de protéger les Canadiens ici au pays et de les rassurer psychologiquement : oui, notre Armée est là pour vous protéger.

Que devons-nous améliorer? Eh bien, nous ne devons jamais nous reposer sur nos lauriers. J’aime dire qu’un soldat parfaitement entraîné, ça n’existe pas. Le spectre de nos activités est si vaste qu’on ne trouvera jamais un soldat qui soit pleinement entraîné pour toutes les tâches qu’il peut y avoir à exécuter. Alors nous les poussons à continuer à s’améliorer chaque jour.

Q4. Que pensez-vous de votre prédécesseur, le lieutenant-général Lanthier?

Je le connais depuis longtemps, et c’est l’un des chefs les plus professionnels et brillants qui soit, et il n’y a pas une question sur laquelle nous ne nous entendons pas. Il a mis en place de bonnes initiatives qui serviront l’Armée pendant longtemps. 

L’un de ses plus grands legs, qu’il a entrepris lorsqu’il était commandant du Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne est « Mission : Prêts », et nous nous entendons absolument quant à son importance, alors que vais continuer à y mettre de gros efforts.

Q5. Veuillez décrire votre expérience au sein d’un commandement des Nations Unies. Y a-t-il des leçons à en tirer que nous pourrions mettre en application maintenant?

Premièrement, ce fut un honneur extraordinaire pour moi d’assumer ce rôle durant cette période historiquement chargée. C’était une expérience très surréaliste. On a la grande région urbaine de Séoul, l’une des villes les plus développées du monde comptant la moitié de la population du pays, qui se trouve sous la menace constante de l’artillerie à longue portée de la Corée du Nord, laquelle pourrait faire pleuvoir des munitions de gros calibre à très bref délai. Tout juste à l’extérieur de mon quartier général, se trouvait une batterie de missiles Patriot déployée sur le plan opérationnel. Et il y a un risque énorme qu’il y ait une erreur de calcul.

Il y a une tonne de leçons à tirer de cette expérience. L’une d’elles est l’importance de maintenir des relations entre forces militaires, entre amis mais aussi avec des adversaires potentiels, malgré les aléas de la politique. Même entre amis, les relations politiques seront mises à l’épreuve, mais les lignes de communication militaires doivent rester ouvertes parce qu’il y a un risque d’erreur de calcul tellement énorme.

Une autre leçon à retenir concerne la guerre de l’information. Il s’agit du pouvoir des médias sociaux lorsqu’il est question d’influencer la volonté nationale et les perspectives nationales, et elle se manifeste partout dans le monde. L’on doit en être très conscient au Canada.

Q6. De toutes vos expériences opérationnelles, y en a-t-il une qui vous a marqué particulièrement?

Celle qui est probablement la plus marquante a eu lieu en 1993, en Croatie, avec la Force de protection des Nations Unies à la poche de Medak; j’y commandais le peloton de reconnaissance du 2 PPCLI (2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry).

Nous avons vécu une situation qui, au départ, était supposée être une mission de maintien de la paix, mais les choses se sont rapidement détériorées pour en venir aux hostilités ouvertes. Nous nous sommes retrouvés au beau milieu et avons dû combattre.

Alors, la leçon que j’en ai tirée, c’est qu’il faut toujours être prêt, au cas où la situation se détériorerait, et nous devons toujours être en mesure de nous fier à nos compétences de soldat fondamentales. Quand la situation se corse, ce sont ces compétences fondamentales qui vont nous protéger et nous permettre de nous adapter au contexte. Nous ne devons pas être complaisants et penser que la situation demeurera calme et inoffensive. Nous devons être prêts à réagir si les choses dégénèrent.

Q7. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le service militaire?

L’appel s’est fait entendre chez moi à un très jeune âge. Je me souviens que lorsque j’étais enfant sur une ferme en Saskatchewan, je courais partout avec mes frères et mes cousins avec des bâtons de hockey tronqués pour simuler des fusils, et puis je suis entré dans les Cadets de l’Armée à 12 ans.

Je n’ai jamais regretté ma décision. Je crois que l’Armée canadienne est une institution qui a fait de moi ce que je suis devenu, et elle fait partie de ma vie depuis mon plus jeune âge.

Je suis extrêmement honoré et privilégié d’être son commandant.

Pour commenter cet article, rendez-vous dans la section Articles de la page Facebook de l’Armée canadienne

Date de modification :